Nova Scotia Archives

Une paroisse acadienne renaît

Les premiers cinquante ans de registres paroissiaux catholiques de la région d'Argyle après la Déportation


Introduction générale

Il existe des liens profonds entre les Acadiens et la Municipalité d'Argyle dans le comté de Yarmouth en Nouvelle-Écosse, remontant plus de trois siècles. Fermiers, marins et constructeurs habiles, ces premiers immigrants ont contribué à modeler le paysage et les communautés de cette région côtière du sud-ouest de la Nouvelle-Écosse, qu'ils nommaient Cap-Sable.

Bien que ces premiers immigrants acadiens se soient considérés politiquement neutres, leur destin demeurerait inexorablement lié aux conflits de pouvoir en Europe. Craignant la menace que constituait le nombre élevé de catholiques d'origine française parmi les colons britanniques, le Gouverneur Charles Lawrence a ordonné la déportation de la population acadienne de la Nouvelle-Écosse en 1755. Bien que les Acadiens du Cap-Sable aient échappé la Déportation plus longtemps que la majorité de leurs compatriotes, l'incursion de leurs villages a commencé en 1756 et ils furent expulsés. Pourtant, ça ne sera pas long avant que beaucoup des Acadiens exilés aux colonies de la Nouvelle-Angleterre reviennent. Commençant en 1767, plusieurs des premières familles acadiennes, ainsi qu'un nombre de familles qui ont établi la région d'Argyle suite à la Déportation, s'installèrent dans la région.

Les Acadiens ont amené avec eux les traditions de la foi catholique. L'Église joua un rôle important dans leurs vies, ayant une sphère d'influence qui s'étendait bien au-delà des affaires religieuses. Les documents enregistrés par les prêtres catholiques dans la région et en particulier les registres détaillés de l'abbé Jean-Mandé Sigogne, constituent souvent la seule preuve des vies de ces anciens Acadiens de la région d'Argyle. En fait, dans plusieurs cas, ces registres fournissent des liens essentiels aux familles acadiennes avant la déportation, tel qu'enregistré dans les registres paroissiaux de Saint Jean-Baptiste à Annapolis Royal, que l'on présente dans « Souvenirs d'une paroisse acadienne ».

Les Acadiens habitant dans la région d'Argyle après la Déportation ont reçu une série de prêtres missionnaires qui visitèrent la région par intermittence au cours des premiers trente-deux ans, mais il existe très peu de traces de leurs activités. Ce n'était qu'en 1799 avec l'établissement de la paroisse Sainte-Anne que les Acadiens de la région d'Argyle eurent un prêtre résident et que des registres officiels furent tenus de façon régulière. Au cours des prochains cinquante ans, la vie religieuse des catholiques de la région d'Argyle tournait autour de la paroisse Sainte-Anne dans la communauté de Sainte-Anne-du-Ruisseau, et de nouvelles paroisses qui ont été établies plus tard dans les communautés voisines. « Une paroisse acadienne renaît » présente les registres tenus durant de ce demi-siècle, de 1799 à 1849.


Les premiers colons français dans la région d'Argyle

La Municipalité d'Argyle, qui occupe actuellement à peu près la moitié du comté de Yarmouth, en Nouvelle-Écosse, est une région riche en histoire et en culture acadienne. Avant 1755, ce qui est maintenant la région d'Argyle faisait partie de la région de Cap-Sable, qui s'étendait sur la côte sud-ouest de la province, de Yarmouth (Cap-Forchu) à Baccaro dans ce qui est devenu le comté de Shelburne.

Les premiers colons français sont arrivés à Cap-Sable lors des années 1640, s'installant dans les environs de ce qui est maintenant Chebogue central dans le comté de Yarmouth. Au moment de la Déportation (1755-1763) plusieurs petites communautés s'étaient établies le long de la côte où l'on retrouve de nos jours Chegoggin, Roberts Island, Argyle, Argyle Head, Tusket Falls et Pubnico-Est, dans le comté de Yarmouth.

Pubnico fut fondé en 1653 par Philippe Mius d'Entremont, qui, avec sa femme, Marie Hélie, et leur fille aînée, fut amené de la France par Charles de LaTour. Mius d'Entremont a bâti une maison à ce qui est maintenant la communauté de Pubnico-Est. Certains de ses fils s'installèrent ici. Au cours des années, le père semble avoir vécu à diverses reprises à Annapolis Royal et passa ses derniers jours à Grand-Pré chez l'une de ses filles.

D'autres descendants de Mius d'Entremont se sont dispersés, comme le font les familles, dans des endroits plus éloignés de leurs terres ancestrales. Un siècle plus tard, on retrouve les descendants de Mius d'Entremont éparpillés le long de la côte de Cap-Sable, en ce qui est devenu Barrington et Baccaro. Certains rameaux de cette famille utilisèrent le nom d'Entremont, tandis que d'autres prirent le nom Mius, Muise ou Meuse.


La Déportation et le retour des Acadiens

Pendant un siècle, la lutte entre la France et la Grande-Bretagne pour prendre le contrôle de la région qui constitue de nos jours les provinces Maritimes du Canada a influencé la vie des Acadiens de la région d'Argyle. Au début des années 1600, les explorateurs français ont établi les premiers villages permanents de la colonie qu'ils nommèrent Acadie, occupant une grande partie du territoire qui est devenu la Nouvelle-Écosse, l'Île-du-Prince-Édouard, ainsi qu'une partie du Nouveau-Brunswick et du Maine. Lors des premiers cent ans de l'Acadie, les guerres entre la France et la Grande-Bretagne faisaient en sorte que les Acadiens étaient parfois sous le régime colonial français, parfois sous le régime britannique. En 1755, on estime à 10,000 personnes le nombre d'Acadiens habitant en Nouvelle-Écosse.

Les Britanniques prirent le contrôle de la colonie au moment de la signature du Traité d'Utrecht en 1713 et renommèrent le territoire Nova Scotia (Nouvelle-Écosse). Les Acadiens ont pu demeurer là où ils avaient vécu pendant des décennies à condition de prêter serment d'allégeance au monarque britannique. Bien que leur neutralité politique fût bien connue, ceci marquait la première fois qu'ils aient à préciser leur allégeance politique. Ils furent accordés « l'exercice libre de leur religion » mais n'avaient pas le droit de voter, ni d'être en fonctions, ni de s'engager dans l'armée. Souhaitant entretenir de bonnes relations avec les Français et les Britanniques, la plupart des Acadiens ont prêté serment d'allégeance à condition de ne pas être obligés de prendre les armes contre les Français en cas de guerre.

Avec les tensions grandissantes entre la France et la Grande-Bretagne en Europe et en Amérique du Nord lors de la première moitié du 18e siècle, la neutralité des Acadiens sera de plus en plus mise en question. Les fonctionnaires britanniques s'inquiétaient de la menace que constituait la grande présence catholique française en Nouvelle-Écosse, ainsi que l'amitié des Acadiens avec les Mi'kmaq puisque ces derniers montraient une préférence pour les Français.

Après avoir cédé la forteresse de Louisbourg à la France pour remplir les conditions du Traité d'Aix-la-Chapelle en 1748, les tensions se sont intensifiées. Le point critique aura lieu en 1755, dans la région frontalière entre les territoires britanniques et français à l'Isthme de Chignecto (à la frontière actuelle entre la Nouvelle-Écosse et le Nouveau-Brunswick). Le 4 juin 1755, les Britanniques, ayant l'appui de 2 000 soldats bénévoles de la Nouvelle-Angleterre, ont assiégé le Fort Beauséjour. Plusieurs centaines d'Acadiens des environs furent persuadés d'abandonner leur neutralité et ont combattu côte à côte avec les soldats français pour défendre le fort. Deux semaines plus tard, les forces françaises ont capitulé. Peu de temps après, le 28 juillet 1755, le gouverneur Charles Lawrence émit un décret pour déporter les « habitants français » de la colonie de la Nouvelle-Écosse. Ce « Grand Dérangement » commença en 1755 et poursuivra pendant plusieurs années.

Dans le sud-ouest de la Nouvelle-Écosse, les communautés acadiennes de Cap-Sable furent épargnées pendant un certain temps, peut-être à cause de leur isolement et leur population moins importante par rapport aux plus grands centres à Grand-Pré (Annapolis Royal) et Pisiquid (Windsor). Certaines communautés ont échappé le raid jusqu'en 1756, et Pubnico est resté intact jusqu'en 1758. Quand les Britanniques arrivèrent pour les déporter, certaines familles acadiennes de la région furent envoyées directement au Massachusetts, tandis que d'autres furent emmenés à Halifax et ensuite exilés en France.

Dans leur livre Les Acadiens de la Nouvelle-Écosse (1995), Sally Ross et Alphonse Deveau ont remarqué, au sujet des Acadiens déportés de Cap-Sable vers la Nouvelle-Angleterre, « qu'il semble que les Acadiens de ce coin de la Nouvelle-Écosse continentale étaient parmi les derniers à être déportés, mais ils furent les premiers à revenir. » À l'exception de la famille Moulaison, qui a évité l'exil, les Acadiens du Cap-Sable ont commencé à revenir dès 1767. Ils trouvèrent, bien sûr, les terres qu'ils avaient cultivées occupées par d'autres colons. Partageant le même sort que tous les Acadiens retournant de l'exil, ils furent obligés de recommencer, en défrichant des terres pour construire des maisons, souvent dans de nouvelles régions de la colonie.


L'incorporation du canton d'Argyle

Les premiers Planteurs de la Nouvelle-Angleterre arrivèrent dans le sud-ouest de la Nouvelle-Écosse moins de trois ans après la proclamation du gouverneur Charles Lawrence pour inviter aux colons anglophones de s'installer en Nouvelle-Écosse. Entre autres, ils furent promis que des cantons seraient créés et nommés lorsque leur population s'élevait à 50 familles.

En juin 1763, au moment du premier recensement de la Nouvelle-Écosse, il y avait deux petits villages en ce qui est maintenant la région d'Argyle, à Abuptic (ce qui est devenu le village d'Argyle) et Pubnico, pour un total de 22 ménages. Bien que le nombre de colons anglophones ait augmenté au cours des années qui suivent, cela représenta une augmentation relativement modeste lors de la première décennie, en raison du nombre de familles qui ont déménagé ailleurs.

Le canton d'Argyle fut officiellement incorporé par l'Assemblée législative provinciale en 1771, alors on suppose qu'il avait déjà atteint le chiffre exigé de 50 familles ou ménages — un seuil franchi une fois que les familles acadiennes commencèrent à se réinstaller dans la région après 1767.

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