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Les Afro-Néo-Écossais

Les Afro-Néo-Écossais

La première preuve de la présence de Noirs en Nouvelle-Écosse nous est donnée par des documents de la forteresse de Louisbourg, au Cap-Breton, qui se sont rendus jusqu'à nous. En effet, ces documents permettent de déterminer que quelque 200 esclaves noirs ont vécu à Louisbourg entre 1713 et 1758. Parmi les premiers habitants d'Halifax se trouvaient également de nombreux esclaves et Noirs libres; ces derniers étaient principalement commerçants et ouvriers.

Les Planters de la Nouvelle-Angleterre qui arrivèrent en Nouvelle-Écosse dans les années 1760 amenèrent avec eux environ 150 Noirs, puisqu'on avait promis « 100 acres à chaque personne, maître ou maîtresse d'une famille, avec [en plus] 50 acres pour chaque homme, femme ou enfant blanc ou noir ». Ces Noirs étaient probablement tous des esclaves, à quelques exceptions près, comme dans le cas de Barbery Cuffee, une sage-femme noire de Liverpool, et de Robbin Robbins, un charpentier mulâtre de Cornwallis.

Le recensement de canton de 1767 indique la présence de 104 Noirs en Nouvelle-Écosse : « Annapolis 6; Cap-Breton 7; Canso 2; Chester 1; Cornwallis 7; Dartmouth 1; Falmouth 4; Granville 5; Halifax 54; Hopewell 3; Horton 2; Lawrencetown 1; Liverpool 4; Lunenburg 2; Maugerville (fleuve Saint-Jean) 1; Newport 2; Île Saint-Jean (Île-du-Prince-Édouard) 2. »

Le premier groupe important de Noirs dans la province se composait de Loyalistes qui avaient fui la Révolution américaine. Certains avaient servi dans des régiments loyalistes, d'autres avaient occupé divers postes au sein des unités militaires et civiles britanniques, et d'autres encore avaient combattu au sein du groupe appelé les « Black Pioneers ». Certains Noirs avaient été affranchis avant la Révolution américaine, mais la plupart retrouvèrent la liberté en échappant à leurs maîtres et en fuyant derrière les lignes britanniques.

Les Loyalistes noirs sont venus avec des milliers d'autres réfugiés de la ville de New York en 1783. Le document intitulé The Book of Negroes, qui date de cette époque, contient les noms de quelque 3 000 hommes, femmes et enfants noirs et mulâtres, tous libres, qui partirent par navire en direction du nord pour commencer une nouvelle vie. C'est alors que la notion de « communauté » apparut comme une possibilité réelle pour les Noirs en Nouvelle-Écosse.

Le gouvernement britannique dispersa les Noirs dans toute la colonie, certains à Halifax, Annapolis Royal, Clements et Granville, et d'autres dans de nouveaux villages, comme Birchtown (près de Shelburne), Brindleytown (près de Digby), Preston (près d'Halifax), Little Tracadie et Chedabucto (Guysborough).

On estime que 1 230 esclaves noirs sont également arrivés en Nouvelle-Écosse après la Révolution américaine, voyageant avec leurs maîtres, des Loyalistes, et s'établissant avec eux dans toute la colonie. Une liste incomplète de l'époque indique les lieux où ils se sont établis, ainsi que le nombre par endroit : « Dartmouth 41; Country Harbour 41; Chedabucto 61; Island of St. John 26; Antigonish 18; Cumberland area 21; Partridge Island (Parrsboro) 69; Cornwallis et Horton 38; Newport et Kennetcook 22; Windsor 21; région d'Annapolis Royal  230; Digby 152; St. Mary’s Bay 13; Shelburne [pas de décompte]; River St. John 441. »

L'époque était particulière, car les Noirs, libres comme esclaves, se côtoyaient souvent.  Contrairement aux Loyalistes blancs, les Loyalistes noirs étaient victimes d'injustice en ce qui concerne l'attribution des terres, des provisions et des autres ressources nécessaires au début d'une nouvelle vie.  Quelque 1 200 Loyalistes noirs ont donc pris la décision de quitter la Nouvelle-Écosse en 1792 pour se rendre en Sierra Leone, dans l'Afrique de l'Ouest. Ces départs privèrent la province d'une partie importante de sa population noire, entraînant de nouveaux défis pour ceux qui restèrent.

La grande vague d'immigration suivante a eu lieu en 1796, avec l'arrivée à Halifax de près de 600 « Marrons » jamaïcains qui se sont établis dans le canton de Preston. Ils ont participé à la construction de la Résidence du lieutenant-gouverneur et de nouvelles fortifications à la Citadelle, ainsi que servi dans la milice locale. Certains sont devenus agriculteurs, à Boydville, près de Sackville.

Les « Marrons » ont apporté leur religion et leurs coutumes. Ne cessant de répéter aux autorités qu'ils ne se considéraient pas comme des résidents permanents, ils furent envoyés en Sierra Leone en 1800 lorsque les coûts nécessaires à leur maintien à Halifax ne pouvaient plus être pris en charge.

La dernière grande vague d'immigration noire a eu lieu entre 1812 et 1815, lors de la guerre anglo-américaine, avec l'arrivée de quelque 2 000 réfugiés noirs à Halifax.  Plus de 300 se sont établis en ville, quelques-uns sont allés à Dartmouth, mais la majeure partie d'entre eux s’est installée à Hammonds Plains (à l'extérieur d'Halifax) et à Preston, ainsi que dans diverses petites localités de la province, c'est-à-dire Cobequid Road, Windsor Road, Five Mile Plains, Beech Hill, Refugee Hill, Porter’s Lake, Fletcher’s Lake, Prospect Road, Beaverbank, Avonport, Pine Woods, Pictou et Mill Village.

Une fois de plus, s'établir était chose difficile.  Les réfugiés se trouvant à Hammonds Plains se sont vu attribuer en 1816 dix acres de terre chacun, mais ceux qui étaient à Preston ont d'abord seulement reçu des certificats; et c'est seulement à partir de 1842 qu'ils ont pu obtenir des titres de propriété.

Après les années 1820, seuls de petits groupes de colons noirs venus des Caraïbes ont immigré dans la province. Il faut attendre le début des années 1900 pour voir une autre vague d'immigration importante, avec la venue d'immigrants noirs, principalement de la Barbade, pour travailler dans les usines sidérurgiques et les mines de charbon du Cap-Breton.

Aujourd'hui, même si beaucoup de Noirs se song installés dans les centres urbains, les Afro-Néo-Écossais continuent de vivre là où ils se sont établis à l'origine.  Les noms de famille suivants sont donc fréquents : Cromwell, Farmer, Hamilton, Langford, Marsman, Oliver, Slaughter et States.  Fiers de leurs origines, de leur histoire et de leurs traditions, ils ont bâti des communautés fortes qui restent dynamiques.