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Les Américains

Les Américains

Au cours des 250 dernières années, trois différents groupes de personnes sont venus des États-Unis pour s'établir en Nouvelle-Écosse : les Planters de la Nouvelle-Angleterre dans les années 1760, les Loyalistes après 1783 et les réfugiés de la baie de Chesapeake (des Noirs libres) après la guerre de 1812.

Les Planters ont été attirés par ce que la Nouvelle-Écosse avait à offrir : le facteur d'attraction. Les Loyalistes quant à eux ont fui les conséquences de la Révolution américaine.  L'histoire des réfugiés de la baie de Chesapeake fait partie du patrimoine afro-néo-écossais; elle est abordée dans d'autres parties de ce site Web.

Dès les premiers temps de la colonisation européenne en Amérique du Nord, les habitants de la Nouvelle-Angleterre connaissaient bien la colonie qui se trouvait au nord. Des bateaux venant aussi bien du Massachusetts que du Maine pêchaient régulièrement le long des côtes de la Nouvelle-Écosse, et les échanges commerciaux étaient chose courante, même avant 1713 lorsque la Nouvelle-Écosse était une colonie française, l'Acadie, et que le commerce avec l'ennemi était illégal.

La Nouvelle-Écosse s’est trouvée au centre de toutes les grandes guerres entre la Grande-Bretagne et la France pour la possession de l'Amérique du Nord, et dans chaque campagne militaire, la plupart des forces terrestres accompagnant les troupes britanniques régulières se composaient de soldats des treize colonies. Lorsque les premiers colons quittèrent Halifax dans les années 1750, ils furent rapidement remplacés par des gens entreprenants de la Nouvelle-Angleterre, comme les familles Tufts, Salter et Cleveland. Et lorsque les Britanniques expulsèrent les Acadiens de la Nouvelle-Écosse à partir de 1755, ce sont à nouveau des soldats de la Nouvelle-Angleterre qui vinrent les aider.

La nécessité de trouver de nouveaux colons pour occuper les terres agricoles acadiennes rendues vacantes par le Grand Dérangement coïncida avec ce qui se passait alors en Nouvelle-Angleterre : la population augmentait et les terres se faisaient de plus en plus rares.  Plusieurs milliers d'habitants de la Nouvelle-Angleterre sont alors montés vers le nord suite à une invitation proposant des terres et la possibilité d'un gouvernement représentatif.  Ces personnes étaient déjà des habitués de la campagne.

Après 1759 donc, des villages de pêcheurs firent leur apparition à Chester, Liverpool, Barrington et Yarmouth. Des cantons d'agriculteurs furent établis à Granville, Horton (Wolfville), Cornwallis (Kentville), Falmouth, Newport et Onslow. Des personnes venues de l'Irlande du Nord et du New Hampshire établirent les cantons de Londonderry et de Truro.

Les familles répondant aux noms de Bishop, Eaton, Parker et Newcomb se fixèrent dans le comté de Kings, tandis que les Crowells et Nickersons, Dexters et Freemans s'installèrent sur la côte sud.  Chester a été fondée entre autres par les Vaughans et les Webbers.  Ces personnes sont collectivement appelées les « Planters de Nouvelle-Angleterre », c'est-à-dire leur lieu d'origine, le terme Planter quant à lui étant un vieux terme anglais qui signifie « colon » ou « immigrant ». 

Presque toutes ces familles peuvent retracer leurs origines au Massachusetts, au Connecticut, au New Hampshire et à Rhode Island jusqu'au 17e siècle. Certaines, comme les Hopkins et les Kemptons, remontent jusqu'au Mayflower. Nombre de familles des comtés de l'ouest de la province vivent en Amérique du Nord depuis près de quatre siècles.

Les derniers Planters étaient à peine arrivés (dans les années 1770) qu'une rébellion éclata dans les Treize colonies.  La Nouvelle-Écosse n'a pas participé à la Révolution américaine, en grande partie à cause de la distance et d'une opinion publique divisée, mais elle devint un refuge pour les Américains « conservateurs » ou « loyalistes » qui furent contraints d'abandonner leur maison en raison de leur allégeance à la Grande-Bretagne.

En 1776, les Britanniques évacuèrent Boston, amenant avec eux à Halifax près d'un millier de civils, dont les familles DeBlois, Etter, Foster et Greenwood. La révolution s'est poursuivie jusqu'en 1783, date à laquelle les Britanniques ne détenaient plus que la ville de New York.  Derrière les lignes se tenaient avec eux des dizaines de milliers de colons « loyaux» qui avaient fui New York, le New Jersey, la Pennsylvanie, le Connecticut, le Maryland et le Delaware. Ils se retrouvèrent donc déracinés, démunis et indésirables.

Les Britanniques leur offrirent alors de trouver refuge à l'étranger et dans les colonies qui leur restaient.  La plupart des Loyalistes choisirent la Nouvelle-Écosse et y firent transporter entre 1783 et 1784. Ils s'installèrent dans les nouveaux villages de Port Roseway (Shelburne), de Digby et le long du fleuve Saint-Jean (qui faisait alors partie de la Nouvelle-Écosse). De petits groupes fondèrent Aylesford, Parrsboro et Antigonish, ainsi que Sydney et Baddeck au Cap-Breton.

Les Loyalistes présents à Shelburne étaient à ce point nombreux que la ville fut, pendant une courte période, avec ses quelque 17 000 habitants, la quatrième plus grande en Amérique du Nord.  En raison de l'isolement et du manque de ressources, cependant, beaucoup partirent s'établir ailleurs en Nouvelle-Écosse. L'établissement des Loyalistes se fit sur plusieurs années.  Certains partirent en fin de compte pour l'Île-du-Prince-Édouard et l'Ontario, alors que d'autres retournèrent aux États-Unis.

Les Loyalistes du sud des États-Unis, dont beaucoup étaient des soldats démobilisés, s'établirent à Country Harbour et à Ship Harbour, sur la côte est de la Nouvelle-Écosse, dont certains venant de la Caroline du Nord et la Caroline du Sud, ainsi qu'à Rawdon, dans le comté de Hants. Certains Loyalistes de l'est de la Floride se rendirent à Guysborough, et d'autres encore, à la fois des soldats et des civils, s'installèrent à Port Mouton et à Argyle, sur la côte sud de la province, ainsi qu'à Wallace, dans le comté de Cumberland.

La liste des noms de famille des Loyalistes installés en Nouvelle-Écosse est longue, mais on retrouve parmi les noms les plus courants, les Morehouse, Rushton, Bond, Bruce, Grovestine, Moody, Ruggles, Van Buskirk, Mitchell, Blakeley, Pace, White, Carter et Purdy.

Aujourd'hui, la région sud-ouest de la Nouvelle-Écosse, allant de Windsor à Chester, est émaillée de villages fondés par des Planters de la Nouvelle-Angleterre ainsi que des Loyalistes,  où on trouve d'ailleurs des exemples remarquables de l'architecture de ces anciennes colonies américaines.  Le passage du temps et les très nombreux mariages entre différentes communautés ont peu à peu effacé les distinctions, mais les habitants de ces régions conservent encore beaucoup d'intérêt pour l'histoire de leurs ancêtres.