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Les Acadiens

Les Acadiens

Mais où exactement l'« Acadie » se trouve-t-elle?  La colonie française appelée « Acadie » a cessé d'exister en 1713, mais la culture acadienne est bel et bien vivante aujourd'hui chez les Acadiens de la Nouvelle-Écosse.

Les Acadiens d'aujourd'hui sont les descendants des premiers colons européens en Nouvelle-Écosse. Leurs racines sont, après celles des Mi'kmaq, les plus anciennes dans la province.  Les Français ont débarqué sur les côtes de l'actuelle Nouvelle-Écosse pour la première fois en 1603, mais leur établissement ne fut pas permanent.  À partir de 1632, des Français ont régulièrement immigré en petit nombre dans la province, et ce, pendant 75 ans. Ils venaient surtout des régions de l'ouest du pays, c'est-à-dire l'Aunis, la Saintonge et le Poitou.

De petits groupes de colons venant d'autres pays européens sont également arrivés au fil du temps, surtout des Anglais, des Irlandais, des Portugais et des Flamands.  La plupart étaient des soldats, commerçants, pêcheurs et agriculteurs à la recherche d'une meilleure vie en Amérique. Plutôt que de défricher les forêts pour leurs cultures, les Acadiens construisaient des digues et des aboiteaux pour cultiver des terres gagnées sur la mer ou les fleuves et ainsi créer des champs fertiles pour le bétail et les cultures.

C'est à partir de Port-Royal (Annapolis Royal) que les Acadiens se sont progressivement dispersés vers le sud, le long de la côte, pour créer de petits villages de pêcheurs, ainsi que vers le nord pour créer des fermes, de Grand-Pré, dans le bassin Minas, jusqu'à Chipoudie (rivière Shepody, au Nouveau-Brunswick) et Beaubassin (Amherst).

Au début des années 1700, les Acadiens s'étaient forgé une identité distincte, marquée par des relations soutenues avec les Mi'kmaq. Ils étaient encore Français, mais ils se proclamaient avant tout « Acadiens ». Au fil du temps, l'Acadie a appartenu tantôt aux Anglais, tantôt aux Français, faisant ainsi naître chez les Acadiens un goût prononcé pour l'indépendance.

Cette identité s'est renforcée lorsque l'Acadie continentale est devenue britannique en 1713. Les Acadiens refusèrent alors de prêter allégeance au roi d'Angleterre pour choisir plutôt la neutralité, à la fois en temps de paix et de guerre.

Cette neutralité ne fit naître aucune opposition pendant trente ans, période au cours de laquelle les Acadiens prospérèrent, leur nombre passant d'environ 2 700 en 1713 à environ 13 000 en 1744, lorsqu'une nouvelle guerre éclata. Au cours des dix années qui suivirent, la plupart des Acadiens restèrent neutres, mais à mesure que la guerre s'intensifia, les Britanniques présents en Nouvelle-Écosse perdirent patience.

Ces derniers décidèrent alors de rassembler et de déporter toute la population acadienne. Cet événement, appelé le Grand Dérangement, commença en 1755 et se poursuivit par intermittence pendant plusieurs années.

Plus de 6 000 hommes, femmes et enfants embarquèrent dans des navires britanniques et furent dispersés dans plusieurs colonies américaines, c'est-à-dire au Massachusetts, au Connecticut, à New York, en Pennsylvanie, au Maryland et en Virginie. Beaucoup allèrent vers le sud pour retrouver la Louisiane, alors colonie française; les nombreux descendants de ces Acadiens sont aujourd'hui appelés « Cajuns ».

Près d'un quart de la population regagna le territoire français –  l'Île Saint-Jean (Île-du-Prince-Édouard), l'Île Royale (Cap-Breton) ou partirent vers l'actuelle province du Nouveau-Brunswick pour aller au Québec. Certains Acadiens se réfugièrent dans les forêts de la Nouvelle-Écosse où ils survécurent jusqu'à la fin de la guerre. Environ 3 000 Acadiens de l'Île Royale et de l'Île Saint-Jean furent déportés en France après la capture par les Britanniques de Louisbourg en 1758.

Après la fin de la guerre, en 1763, un petit nombre de familles acadiennes quitta les colonies américaines et la France pour retourner en Nouvelle-Écosse, où ils retrouvèrent des familles qui avaient échappé à la déportation.  Au début des années 1770, ils étaient environ 1 600. Étant donné que leurs maisons avaient été incendiées et leurs terres données aux Planters de la Nouvelle-Angleterre, ils furent contraints de repartir à zéro dans des régions moins hospitalières de la province.

Aujourd'hui, les Acadiens vivent dans toutes les régions de la Nouvelle-Écosse. Leur présence est particulièrement forte à Chéticamp et à l'Isle Madame, au Cap-Breton; à Pomquet, près d'Antigonish; ainsi que dans le sud-ouest de la Nouvelle-Écosse, à Wedgeport, Pubnico et Clare, ou sur la côte francophone le long de la Baie Sainte-Marie.

Les noms de famille comme d'Entremont, Amirault, Muise, LeBlanc, d'Éon, Thériault, Samson et bien d'autres y sont très nombreux; beaucoup de réunions de famille sont d'ailleurs organisées en été.  Les Acadiens célèbrent leur culture lors d'événements divers, comme le Festival acadien de Clare, le Festival de la barge à Buttes-Amirault et le Festival de l'Escaouette à Chéticamp.

Dans les petits villages où le français a parfois été abandonné comme langue maternelle, il existe encore aujourd'hui un fort attachement aux racines ancestrales. Les musées locaux, comme ceux de Minudie et de Chezzetcook, célèbrent la culture acadienne d'antan.

Le gouvernement de la Nouvelle-Écosse soutient et encourage la survie et le développement de la langue française et de la culture acadienne. On trouve des écoles françaises, des organismes culturels et des stations de radio dans tous les grands villages acadiens; et un journal hebdomadaire, Le Courrier, permet d'informer les Acadiens dans la langue de leurs ancêtres.

En Nouvelle-Écosse, la plupart des communautés acadiennes sont situées à proximité de l'océan, et même si les premiers Acadiens étaient des agriculteurs, leurs ancêtres vivent aujourd'hui de la pêche au homard, qui constitue leur principale industrie.

La prochaine fois que vous rencontrerez une personne qui affirme que l'« Acadie » n'existe plus, dites-lui qu'elle n'a jamais cessé d'exister et que sa culture et sa joie de vivre ont traversé quatre siècles pour se rendre jusqu'à nous.  Proposez-lui d'aller à la rencontre de la culture acadienne sur les côtes de l'océan Atlantique pour écouter le son du violon traditionnel et déguster un délicieux homard.